Education, Santé sexuelle et reproductive

Éducation sexuelle au Cameroun : pourquoi briser le silence pour mieux protéger la jeunesse

Au Cameroun, la question de l’éducation à la santé sexuelle et reproductive (ESSR) demeure un sujet sensible, souvent relégué au second plan par pudeur ou par peur d’encourager la précocité sexuelle. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes, les grossesses précoces, les infections sexuellement transmissibles et les violences sexuelles continuent de frapper les jeunes, faute d’information et d’accompagnement adaptés.

C’est autour de ce constat que s’est d’ailleurs tenu, à l’initiative de CHERREL, une campagne de sensibilisation et un webinaire consacré à l’éducation sexuelle complète, réunissant médecins, psychologues, éducateurs et acteurs de la société civile.

Dès l’enfance, une éducation sexuelle progressive et adaptée

Ayant pris part au webinaire du 08 novembre dernier, le Dr Jeannette Afounde, spécialiste de la santé sexuelle et reproductive, a rappelé que « l’éducation sexuelle ne commence pas à l’adolescence, mais dès la petite enfance ». Elle explique qu’entre 0 et 5 ans, il est déjà essentiel d’enseigner aux enfants la connaissance de leur corps, la différence entre un contact affectif et un contact déplacé, ainsi que la notion du consentement.

Selon elle, les parents doivent jouer un rôle clé dans cette démarche : « Parler de sexualité ne déprave pas, cela protège. » Une approche progressive, structurée et adaptée à chaque tranche d’âge permet de renforcer la confiance, de prévenir les abus et de développer le respect de soi et des autres.

Briser les tabous pour sauver des vies

La culture du silence reste, selon plusieurs spécialistes, le principal obstacle à une éducation sexuelle complète. Beaucoup de familles évitent le sujet, laissant les enfants chercher leurs réponses ailleurs, souvent sur les réseaux sociaux ou auprès de leurs pairs. En effet, il vaut mieux prendre les devant en parlant de ces sujets avec les jeunes enfants pour ne pas se retrouvé dépasser par les événements qui vont suivre. Pour le Dr Afounde, cette absence de dialogue crée un vide dangereux : « Lorsqu’on ne parle pas à l’enfant, Internet s’en charge. » a-t-elle déclaré lors du webinaire organisé par CHERREL.

D’où la nécessité d’impliquer les parents, les enseignants et les professionnels de santé dans un travail d’éducation concerté. Elle plaide pour l’intégration de modules d’éducation sexuelle dans les programmes scolaires, adaptés au contexte culturel et religieux du Cameroun.

L’éducation sexuelle, loin d’être un tabou, doit devenir un outil de prévention, de protection et d’émancipation. En donnant aux jeunes les bons repères, le pays peut espérer réduire les comportements à risque et bâtir une génération plus consciente de ses choix.

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